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Avec un développement inégalé de l’industrie du tourisme – les arrivées de touristes internationaux ont en effet grimpé de 6 % en 20181) –, ce secteur connaît une véritable revitalisation. Qu’ils soient orientés vers l’aventure, le tourisme responsable ou l’écologie, les voyages réinventent la façon dont les communautés, les écosystèmes et les économies interagissent. Examinons comment les normes ISO soutiennent cette tendance.

Le tourisme crée des emplois – beaucoup d’emplois. Ainsi, une personne sur dix occupe un emploi lié au tourisme. Avec des voyageurs de plus en plus aisés, et des voyages toujours abordables, on estime que le secteur du tourisme pourrait afficher un taux de croissance bien supérieur à celui de l’économie mondiale au cours de la prochaine décennie. Il n’est donc pas étonnant que la plupart des destinations cherchent à développer leur secteur touristique pour recevoir une plus grande part du gâteau.

Group of men and women rafting on a river.The tourism industry is also important in building a culture of peace between countries and is ideally placed to contribute to many of the United Nations Sustainable Development Goals (SDGs) working towards a fairer, more equitable world. When it is well managed, tourism provides an incredible economic boost to host communities. Yet negative effects on the environment are inherent to the industry. With increasing numbers of travellers flocking to the same sought-after locations, resulting in overcrowding and stretched facilities, the emission of greenhouse gases, waste generation and degradation of local ecosystems are almost impossible to control.

L’industrie du tourisme joue par ailleurs un rôle important dans l’édification d’une culture de paix entre les pays et occupe une place idéale pour contribuer à la réalisation d’un grand nombre d’Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies pour l’émergence d’un monde plus juste et plus équitable. Bien géré, le tourisme est un incroyable catalyseur pour l’économie des régions d’accueil, et ce, malgré les effets négatifs sur l’environnement inhérents à ce secteur. En effet, l’augmentation du nombre de voyageurs affluant vers les mêmes destinations entraîne un surpeuplement et une surcharge des installations, ce qui rend quasiment impossible le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, de la production de déchets et de la dégradation des écosystèmes locaux.

Si de nombreuses destinations ont mis en place des stratégies touristiques pour lutter contre la pauvreté et préserver leur patrimoine naturel et culturel, d’autres sites tout aussi nombreux du patrimoine mondial, reconnus par l’UNESCO pour leur valeur universelle exceptionnelle, ne disposent d’aucun plan de management adéquat pour prévenir les effets négatifs du tourisme. Dès lors, une question se pose : le tourisme pourra-t-il un jour être durable ? L’ISO y travaille activement.

Tout a démarré sur une péninsule…

La péninsule du Sinaï incarne le tourisme d’aventure. Chaque année, des millions de touristes affluent vers ce triangle désertique pour profiter de son ensoleillement et de ses célèbres récifs coralliens, et faire du trekking dans ses zones intérieures montagneuses. Martin Denison, un passionné de plongée sous-marine, a visité pour la première fois le désert du Sinaï il y a 40 ans. Son but était de se rendre sur la mer Rouge, un paradis pour les plongeurs en raison de ses récifs coralliens époustouflants et de sa faune aquatique multicolore et captivante. M. Denison a fait de sa passion pour les profondeurs une profession et est devenu formateur, instructeur et guide de palanquée.
Son travail l’a par la suite amené à élaborer des normes en qualité d’Animateur du groupe de travail de l’ISO chargé de l’élaboration de 11 normes ISO relatives à la sécurité des plongeurs, à la formation et aux centres de plongée. Ces normes sont depuis devenues la lingua franca des plongeurs et des centres de plongée partout dans le monde.

Ces dernières années, M. Denison a dirigé un groupe de travail sur le tourisme durable au sein du comité technique ISO/TC 228, afin d’élaborer deux nouvelles normes axées sur la plongée durable. Les chiffres relatifs à Sharm El Sheikh – petite ville située à l’extrémité de la péninsule du Sinaï – expliquent clairement pourquoi nous avons besoin de ces normes. « Il y a 40 ans », se rappelle M. Denison, « les bâtiments s’y comptaient sur les doigts de la main et il n’existait que trois centres de plongée dans toute la péninsule ». À présent, Sharm El Sheikh possède un aéroport international, on y dénombre des dizaines d’établissements hôteliers et une population de plus de 70 000 personnes. « Environ 1,6 million de plongeurs, qui pratiquent la plongée soit en eaux profondes soit au tuba, viennent chaque année en Égypte où l’on compte désormais pas moins de 300 centres de plongée », explique-t-il. Pour assouvir les envies d’aventures sous-marines de ses visiteurs, le Sinaï propose à lui seul 141 centres de plongée et quelque 130 bateaux de croisière équipés pour la plongée.

Tourist attraction in Egypt.
La plongée dans la mer Rouge, au large de l’île de Tiran, est très prisée des touristes qui se rendent en Égypte, où les moniteurs de plongée préconisent des techniques qui contribuent à préserver et à protéger les récifs coralliens.

Une plongée en profondeur dans le monde des normes

La plongée, à l’instar de toute activité de plein air, peut avoir un impact environnemental important si elle n’est pas contrôlée. L’attrait croissant pour ce sport a mis en lumière le besoin de durabilité, pour que le secteur de la plongée ne mine pas les fonds aquatiques qui constituent son socle.

Dans cette optique, sous la direction de M. Denison, un groupe de travail spécialisé de l’ISO/TC 228, Tourisme et services connexes, travaille activement à l’élaboration de deux normes pour la plongée durable. La première, ISO 21416, établit des exigences et des recommandations pour des pratiques respectueuses de l’environnement en plongée de loisirs. La norme décrit ce que les centres et services de plongée doivent faire pour préserver, voire améliorer les milieux aquatiques, et inclut plusieurs exemples de meilleures pratiques indiquant notamment comment les centres de plongée doivent mener leurs activités (en dissuadant par exemple les plongeurs de nourrir ou de capturer la faune aquatique) ou comment manœuvrer les bateaux pour ne pas endommager l’environnement. ISO 21416 spécifie en particulier que les pilotes doivent amarrer leurs bateaux plutôt que d’utiliser des ancres susceptibles d’endommager les coraux.

Les sites de plongée avec tuba en Égypte sont réputés dans le monde entier pour la diversité et l’abondance de leurs récifs coralliens.

La seconde, ISO 21417, Services relatifs à la plongée de loisirs – Exigences de formation pour la sensibilisation à l’environnement des plongeurs de loisir, est fondée sur l’hypothèse que si les plongeurs connaissent et comprennent les répercussions environnementales des activités de plongée, ils seront plus à même de les contrôler. C’est pourquoi cette norme décrit comment les plongeurs peuvent éliminer ou réduire au minimum les risques environnementaux négatifs potentiels et réels. Elle formalise également les connaissances théoriques qu’instructeurs et plongeurs doivent acquérir avant et pendant la plongée, et pourra par conséquent servir de base pour des cours de formation.

Cette seconde norme décrit également les effets positifs potentiels des plongeurs sur l’environnement, par exemple s’ils utilisent leurs compétences en plongée pour ramasser des déchets, participer à des études sur la vie aquatique ou créer des récifs artificiels. « Nous nous sommes intéressés à des activités que d’autres normes ne couvrent pas », explique M. Denison, « et avons traité du bon déroulement de certaines activités de plongée, comme la conduite des bateaux de plongée ». Cette norme préconisera également comment interagir avec la vie aquatique, par exemple ne pas recueillir, chasser ou nourrir la faune aquatique », ajoute-t-il. Enfin, cette norme inclura des mesures de conservation des sites du patrimoine mondial, comme les épaves et les artefacts, que les plongeurs affectionnent particulièrement.

Comment les centres de plongée et les prestataires de formation appliqueront-ils ISO 21416 et ISO 21417 ? Le Ministère du tourisme égyptien emploie un grand nombre d’inspecteurs pour aider les centres de plongée à satisfaire aux exigences des nombreuses normes ISO relatives à la plongée de loisirs. « Les nouvelles normes de durabilité ne feront pas exception, car je suis convaincu que les opérateurs de plongée ont parfaitement conscience que les touristes sont davantage susceptibles de revenir vers des sites aquatiques intacts et vierges que vers des sites qui auraient souffert de mauvaises pratiques », souligne M. Denison.

Le groupe de travail responsable de l’élaboration d’ISO 21416 et d’ISO 21417 a fait l’objet d’une large représentation. « Nous avons eu des représentants d’organismes de formation, de centres de plongée, d’organismes de défense des consommateurs, ainsi que des biologistes marins et autres scientifiques. Nous sommes également fiers d’avoir le soutien professionnel de la Fondation Reef-World du Programme des Nations Unies pour l’environnement, qui a élaboré le code de conduite Green Fins pour la plongée responsable près des récifs coralliens. Ses représentants se sont montrés très positifs au sujet des projets finals », s’enthousiasme-t-il.

Family snorkeling underwater.

Des retraites respectueuses de l’environnement

Comme de nombreuses destinations de vacances, la péninsule du Sinaï a vu se transformer rapidement ses établissements en de vastes complexes. Toutes ces constructions peuvent avoir un impact environnemental, social et économique important. C’est pourquoi, fin 2018, l’ISO a publié ISO 21401 qui définit les exigences relatives aux systèmes de management de la durabilité pour les établissements d’hébergement. Cette nouvelle Norme internationale aide l’industrie hôtelière à réduire son impact sur l’environnement, à promouvoir les interactions sociales et à contribuer aux économies locales de manière positive. Cette norme reprend la structure-cadre (HLS) désormais appliquée dans toutes les normes de management ISO, telles qu’ISO 9001 et ISO 14001, ce qui signifie qu’elle peut être facilement intégrée à tout système de management ISO existant.

À quoi doit-on l’élaboration de cette norme ? La réponse se trouve à l’ouest du Sinaï, au-delà d’un continent et d’un océan. Au début de ce siècle, on s’inquiétait des effets négatifs que le secteur du tourisme, en particulier l’hôtellerie, pourrait avoir sur l’environnement et la société au Brésil. Alexandre Garrido, l’Animateur du groupe de travail chargé de l’élaboration d’ISO 21401, retrace cette histoire. « ISO 21401 a été construite sur la base de la norme brésilienne ABNT NBR 15401, que l’industrie hôtelière brésilienne a appliqué dès 2006 », explique-t-il.

« En 2003, nous avons lancé un projet sur le tourisme durable et décidé de commencer par l’hôtellerie. Nous avons constitué un vaste groupe comprenant des spécialistes du voyage, des représentants du secteur de l’hôtellerie, des associations professionnelles, des ONG, des collectivités, des représentants des pouvoirs publics et d’agences, qui ont décidé d’aborder la durabilité sous l’angle des systèmes de management », explique M. Garrido. Le groupe de travail a examiné les meilleures pratiques et les a incorporées à une structure de système de management, ce qui a abouti à l’ABNT NBR 15401.

Cette norme brésilienne a connu un tel succès que l’ISO/TC 228 l’a adoptée comme base de la nouvelle norme ISO. La norme ISO 21401 couvre des aspects incluant la biodiversité, l’efficacité énergétique, la préservation de l’environnement, la gestion des déchets, les effluents, les émissions, l’utilisation de l’eau, les ressources, les conditions de travail, les aspects culturels et les besoins des populations autochtones. « ISO 21401 est une norme spécifique des systèmes de management de la durabilité qui couvre toutes les dimensions du développement durable et offre une vision moderne de la gestion des hébergements », conclut M. Garrido.

Des aventures écoresponsables

Parallèlement à la plongée, on a vu se développer rapidement l’écotourisme ainsi que d’autres formes de tourisme d’aventure. Face à cet engouement, et sur la base d’une proposition du Portugal, l’ISO a publié en 2018 ISO 20611, Tourisme d’aventure – Bonnes pratiques en matière de durabilité – Exigences et recommandations, une norme qui décrit comment les organismes proposant des activités de tourisme d’aventure peuvent fonctionner de manière durable et promouvoir des pratiques sans risque tant pour les participants que pour les communautés locales. Il est possible d’assurer la durabilité environnementale notamment au moyen d’une planification et d’une évaluation des risques minutieuses, en favorisant l’utilisation de sources d’énergie renouvelables, et en tenant compte des règlementations en matière de déchets et des zones à écosystèmes fragiles.

ISO 20611 met aussi en lumière l’importance de la communication entre l’hôte, les participants et les communautés locales pour sensibiliser aux pratiques durables, comme le recyclage, et faire prendre conscience aux populations locales des avantages du tourisme d’aventure. Les opérateurs peuvent, par exemple, former les populations locales à des activités avantageuses pour l’industrie du tourisme, ce qui a aussi pour effet de renforcer les relations.

Quels types d’impacts environnementaux ont poussé l’ISO/TC 228 à élaborer cette norme ? « Le tourisme d’aventure et l’écotourisme présentent tous deux un risque potentiel d’augmentation du flux de touristes vers des destinations où il n’existe aucune des mesures nécessaires pour atténuer les impacts négatifs dans ces zones, en particulier celles où les écosystèmes sont fragiles. Cette norme incite à la fois à préserver les habitats naturels et à faire preuve de davantage de respect vis-à-vis des populations locales qui accueillent les touristes », explique Leonardo Persi, Animateur du groupe de travail qui a élaboré ISO 20611. En d’autres termes, cette norme encourage une approche gagnant-gagnant.

Tourists, pilot and guide on a boat excursion, Pantanal, Brazil.
Excursion en bateau pour observer la faune du Pantanal, au Brésil.

Les piliers de la performance

De même que pour ISO 21401 relative à l’hébergement durable, ISO 20611 s’est appuyée sur des normes brésiliennes, mais aussi sur des propositions similaires émanant de l’organisme national de normalisation du Portugal. « En 2004, nous avons constaté un nombre croissant d’accidents, y compris d’accidents mortels. À cette époque, l’Association brésilienne pour l’écotourisme et le tourisme d’aventure (ABETA), en collaboration avec le Ministère du tourisme et le SEBRAE – le Service brésilien de soutien aux micro et petites entreprises –, a décidé d’élaborer de nouvelles normes dans le domaine du tourisme d’aventure pour encadrer les activités à risques. Ce travail est toujours en cours et le portefeuille de l’ABNT, membre de l’ISO pour ce pays, compte aujourd’hui 38 normes nationales brésiliennes relatives au tourisme d’aventure », explique M. Persi.

Les premières normes ont porté sur la sécurité, comme ISO 21101, axée sur la mise en place d’un système de management du tourisme d’aventure, et ISO 21103, qui traite des informations à fournir aux participants. Cependant, depuis 2014, la question de la durabilité n’a cessé de prendre de l’ampleur dans le domaine du tourisme, ce qui a poussé M. Persi et d’autres personnes aux vues similaires à s’intéresser à la combinaison des aspects environnementaux, sociaux et économiques, les trois principaux piliers de la durabilité, et abouti à l’élaboration d’ISO 20611.

Dans le Pantanal, la plus grande zone humide tropicale au monde, située principalement au Brésil, les randonnées équestres sont très
populaires auprès des touristes.

« Cette nouvelle norme établit les bonnes pratiques pour les activités du tourisme d’aventure, et spécifie des exigences et des recommandations pour leur mise en œuvre », ajoute M. Persi. Comment les agences de voyages ont-elles accueilli cette norme ? Selon lui, le secteur du tourisme et ses acteurs font preuve de beaucoup de cohésion au Brésil. Il indique que les agences de voyage soutiennent tout particulièrement les normes et les appliquent. « Le premier défi était de faire en sorte que les petites entreprises – qui constituent 98 % de ce secteur – puissent mettre en œuvre ces normes avec succès », explique-t-il.

Ainsi, toutes les parties intéressées ont joué un rôle sur le marché du tourisme d’aventure et de l’écotourisme, ce qui a permis d’offrir un meilleur service aux participants. « De plus, si tous les opérateurs du tourisme d’aventure préservent l’environnement, nous pourrons faire en sorte que les populations restent impliquées, et soutenir la diversité sociale et culturelle ainsi que la biodiversité dans les régions fréquentées par les touristes en quête d’aventure », conclut-il. Explorer le monde est un privilège qui se doit d’être durable pour ne pas saper ce qui le rend si attrayant et enrichissant.

De l’avis général, le tourisme recèle le potentiel nécessaire pour être durable, avec la bonne volonté de tous et un petit coup de pouce des normes ISO.


1) “Les arrivées de touristes internationaux atteignent 1,4 milliard deux ans plus tôt que prévus”, communiqué de presse de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), 21 janvier 2019

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Elizabeth Gasiorowski-Denis
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+41 22 749 03 25

 

Cet article est tiré de l' ISOfocus

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