La biomasse, un pari d’avenir?

La plupart des solutions sobres en carbone misent sur une utilisation durable des bioénergies. Nous examinons ici le rôle décisif de la normalisation dans l’avenir des biocombustibles solides.

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D’après un rapport du Climate Change Committee, organisme indépendant qui pilote la transition énergétique britannique, les biocombustibles sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans un avenir faible en carbone.

S’ils semblent offrir, de prime abord, une solution idéale et facile à mettre en œuvre pour remplacer les énergies fossiles, la réalité est nettement plus nuancée : en fonction des méthodes de culture, de transformation et de gestion retenues, les biocombustibles peuvent aussi bien devenir une source d’énergie durable… que produire exactement l’effet inverse à celui escompté.

Dans ce contexte, quel rôle peuvent jouer les normes ISO ? Ces dernières ont vocation à garantir la viabilité à long terme des biocombustibles et leur contribution à la neutralité carbone. Prenons l’exemple des normes ISO relatives aux biocombustibles solides.

An automated auger for loading processed wood chip heating fuel into a biomass boiler.

Objectif neutralité carbone

La biomasse consiste à valoriser le carbone émis pendant la conversion d’énergie en l’utilisant comme matière première pour la fabrication de biocarburants, d’où son intérêt dans une optique de développement durable. Si cela semble simple sur le papier, encore faut-il y parvenir d’une manière suffisamment efficace, permettant de réduire considérablement les émissions, et ce, sans déplacer les terres destinées aux cultures alimentaires.

Une ambition qui soulève plusieurs défis. Premièrement, ce changement doit être mené à très grande échelle. En effet, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) indique dans son rapport intitulé Global Renewable Outlook: Energy Transformation 2050 qu’il faudra plus que doubler la part des biocombustibles pour couvrir nos besoins énergétiques. Deuxièmement, il doit s’agir d’une transition durable. À titre d’exemple, le Centre commun de recherche de la Commission européenne a publié en début d’année un rapport sur la production d’énergie à partir de biomasse ligneuse. Selon ses auteurs, la durabilité des bioénergies est « une question complexe à laquelle il n’y a pas de réponse universelle, sachant qu’il existe des pratiques de gestion forestière gagnant-gagnant et perdant-perdant pour le climat et la biodiversité ».

Ce rapport précise en outre que « les bioénergies sont au cœur de deux des principales crises environnementales du XXIe siècle : la perte de biodiversité et le réchauffement climatique. La bioénergie forestière apporte une solution partielle à ces problématiques, à condition toutefois d’être produite de manière durable et utilisée efficacement ». Dans cette optique, diverses organisations (dont la Commission européenne) ont établi des critères de durabilité pour les biocombustibles. À l’appui de cette initiative, l’ISO a quant à elle élaboré une série complète de normes relatives aux biocombustibles solides, ainsi qu’à la durabilité des bioénergies.

Modern bio fireplot fireplace on ethanol gas.

Cheminée au bioéthanol.

Un cadre normatif solide 

« Les bioénergies ont un rôle majeur à jouer dans la réduction des émissions de carbone, la promotion d’opportunités commerciales respectueuses de l’environnement et l’avènement d’une économie sobre en carbone. D’ailleurs, le recours aux biocombustibles solides pour le chauffage et la production d’eau chaude, d’électricité et d’énergie thermique progresse à grands pas à l’échelle mondiale », nous explique Maurice Douek. Membre actif du comité technique ISO/TC 238, Biocombustibles solides, ce professionnel chevronné de la papeterie est un fervent partisan de la normalisation, garante, à ses yeux, de la prospérité de la filière.

Partout dans le monde, les États prônent la transition vers les biocombustibles. Le Canada n’y fait pas exception. « Une centrale à charbon vient d’y être convertie aux granulés de bois, et plusieurs provinces et territoires canadiens ont mis en place des installations de chauffage centralisé », précise M. Douek.

Dans ce contexte, à quoi servent les normes ISO relatives aux biocombustibles solides ? « Étant donné le manque d’homogénéité des matières premières et la diversité d’applications des biocombustibles solides, sous forme de granulés, de copeaux et de briquettes de bois, la normalisation s’avère indispensable, à la fois pour encadrer la consommation locale et pour favoriser les échanges à l’international », nous explique-t-il. La qualité des combustibles constitue aussi un facteur déterminant de réduction de la pollution de l’air. À ce sujet, M. Douek ajoute : « Les lignes directrices régissant les émissions dans l’air se multiplient et font de plus en plus référence aux normes de l’ISO/TC 238 relatives aux combustibles ligneux ». En clair : plus la qualité des biocombustibles est élevée, plus leur combustion est propre et efficace.

Échantillon issu de la production de biocarburant au Brésil.

L’innovation durable en question

En plus de contribuer à l’innovation et aux échanges commerciaux, les normes ISO favorisent aussi le développement durable. « L’application des normes est volontaire et sert d’appui à la législation, comme on peut le voir dans les lois européennes qui stipulent les critères de durabilité des biocombustibles solides », nous explique Eija Alakangas, membre finlandaise de l’ISO/TC 238. Cette experte des biocombustibles solides a exercé pendant 34 ans au VTT, le centre de recherche technique de Finlande, et dirigé l’EuBioNet (European Bioeconomy Network) pendant dix ans, œuvrant en parallèle en tant que normalisatrice.

Elle nous explique dans quelle mesure les biocombustibles solides sont propices aux échanges commerciaux et à l’innovation. « Les copeaux de bois proviennent de sources locales et sont exploités dans de petites installations, ce qui profite à l’entrepreneuriat de proximité et valorise davantage les bois d’éclaircie. Cette démarche contribue ainsi au développement des forêts et à la prévention des incendies », souligne-t-elle.

Les normes relatives aux biocombustibles solides, à l’instar de la série ISO 17225, encouragent l’exploitation des résidus ligneux. « Le bois de fût ne sert jamais à la production d’énergie. Les nouvelles usines à papier utilisent exclusivement des sources renouvelables comme les résidus ligneux », précise Mme Alakangas.

ISO 17225, Biocombustibles solides – Classes et spécifications des combustibles, stimule l’innovation à travers la détermination de la teneur en humidité admissible pour les biocombustibles solides. La teneur en humidité, qui est « la propriété la plus importante pour les biocombustibles solides », peut désormais être mesurée par échantillonnage automatique. « La série ISO 17225 définit les exigences de qualité de combustibles à respecter pour garantir une combustion propre pour chaque technologie », conclut Mme Alakangas. La mention dans les normes ISO des origines et des sources à privilégier pour les matières premières favorise à son tour le développement durable.

La route est encore longue

Néanmoins, le développement des applications commerciales des biocombustibles est semé d’embûches. « Selon moi, il y a deux grands obstacles à franchir. Dans un premier temps, la supériorité des biocombustibles sur les énergies fossiles en termes d’efficacité de combustion, d’empreinte carbone et de réduction des émissions de carbone ne doit pas laisser place au moindre doute. Il s’avère donc essentiel de mettre au point de nouvelles technologies et d’améliorer les solutions existantes pour atteindre ces objectifs », explique M. Douek.

« Dans un second temps, nous devons démontrer de la manière la plus convaincante qui soit que l’impact environnemental des biocombustibles solides est nettement inférieur à celui des combustibles fossiles. » Pour ce faire, il faut disposer des outils appropriés pour analyser le cycle de vie des produits ligneux, évaluer les effets de la reconversion des sols ou de l’affectation des terres à la sylviculture, et mettre au point une méthode fiable de calcul du bilan carbone afin de mesurer précisément les réductions d’émissions de gaz à effet de serre et les avantages qui en découlent dans la lutte contre le changement climatique.

Autres prérequis : adopter une stratégie de gouvernance holistique pour promouvoir une filière bois plus durable, et s’appuyer sur la normalisation pour définir les critères du développement durable de la bioénergie forestière. Le comité technique ISO/TC 287, Méthodes contribuant au développement durable des produits en bois et dérivés du bois, étudiera le développement durable dans un cadre plus large englobant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, « de façon que la sylviculture soit à la pointe des secteurs contribuant au développement durable », conclut M. Douek.

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