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Dʼici peu, les robots feront partie de notre quotidien. Nos compagnons mobiles répondront bientôt à tous nos besoins. Ils nous assisteront, communiqueront avec nous et nous tiendront compagnie, contribuant à notre indépendance alors que nous avançons en âge. Nous sommes entrés dans lʼère de lʼinteraction homme-robot et notre expérience du vieillissement sʼen trouve modifiée.

Les robots peuvent-ils résoudre les problèmes que pose le vieillissement de la société ? Les recherches en cours portent à croire que oui. Aujourdʼhui, les robots peuvent sortir votre poubelle, vous aider à marcher et faire vos courses. Ils peuvent plaisanter, reconnaître des émotions et même apprendre. Même si les robots à finalité thérapeutique pleinement opérationnels ne sont peut-être pas pour demain, roboticiens et médecins prédisent lʼavènement, ces prochaines années, de nouvelles avancées dans le domaine des technologies robotiques informatisées qui permettront aux personnes âgées de rester plus longtemps chez elles.
 
Tout a commencé au Japon, où lʼallongement de la durée de vie et la baisse des taux de natalité sont cause dʼune diminution alarmante de la population active et dʼune demande croissante de personnel soignant. Pour pallier ces insuffisances, les Japonais se sont tournés vers lʼune des choses quʼils maîtrisent le mieux : la technologie. Le monde leur emboîte le pas. La longévité étant plus élevée que jamais, lʼUnion européenne (UE) investit des dizaines de millions dʼeuros chaque année dans la recherche en robotique axée sur les soins en gérontologie.
Photo: Philippe Dutreuil for TOMA
Romeo helping an elderly woman to walk
Romeo est un robot humanoïde de 140 cm destiné à explorer et approfondir les recherches sur lʼassistance aux personnes âgées ou en perte dʼautonomie.
« Des études montrent quʼaux niveaux national et européen, les coûts des soins de santé liés au vieillissement ne cessent dʼaugmenter. LʼUE a donc pris lʼengagement stratégique de favoriser la durabilité grâce à la technologie » déclare Jorge Dias de lʼUniversité de Coimbra au Portugal, qui travaille sur le projet GrowMeUp financé par lʼUE. Cette initiative promeut la robotique pour aider les personnes âgées à rester actives et en bonne santé. « Lʼobjectif de GrowMeUp est de montrer quʼun système robotisé peut accroître lʼefficacité des soins de santé tout en améliorant la qualité de vie. Nous espérons que ce projet permettra de maintenir les personnes âgées à domicile le plus longtemps possible et leur évitera dʼaller dans des maisons de retraite médicalisées. »
 
À ce jour, le projet expérimental le plus important au monde a été mené dans le cadre de Robot-Era. Ce projet visait à tester lʼefficacité et lʼacceptabilité de services robotisés pour les personnes âgées. En Italie et en Suède, quelque 160 seniors ont participé à ce projet pilote sur quatre ans où les robots faisaient les courses, aidaient à sortir les poubelles et veillaient à la sécurité en détectant les risques – portes ouvertes et fuites de gaz, par exemple.
 
« Je suis heureuse quʼun système robotisé puisse faciliter mes activités quotidiennes » a déclaré Wanda Mascitelli, une participante enthousiaste. « Vivant seule, je me sens plus en sécurité et plus détendue à la maison. » Ce verdict nʼest pas surprenant ; même les plus sceptiques dʼentre nous peuvent admettre que les progrès de la robotique contribuent à lʼautonomisation dans une société vieillissante.
 

Un robot nommé Romeo

Photo: SoftBank Robotics
Headshot of Romeo
Les robots sont un moyen de préserver lʼautonomie des personnes avançant en âge. Romeo, qui est un robot humanoïde développé par SoftBank Robotics, a été conçu précisément à cet effet. Ce grand robot dʼassistance de 1,40 m est capable de suivre votre emploi du temps, de vous rappeler dʼacheter du lait et de vous indiquer la posologie des médicaments à prendre. Il vous donnera des conseils pour vous aider dans vos activités quotidiennes, tout en veillant à ce que vous nʼoubliiez pas dʼéteindre la cuisinière.
 
« Notre robot peut être utile dans trois domaines clés : sʼassurer que nos clients sont en sécurité chez eux, renforcer leur attachement avec lʼentourage et mener à bien les tâches courantes à domicile », déclare Rodolphe Gelin, Directeur de lʼéquipe Innovation et recherche de lʼentreprise.
 
Pour une personne âgée, un des grands avantages de vivre avec un robot est quʼil apprend à connaître ses habitudes, comme son nombre dʼheures de sommeil ou ses heures de repas. Le robot peut donc détecter un problème potentiel et en informer la famille et le personnel soignant. Un réseau de soins virtuel encourage la socialisation des utilisateurs et facilite la tâche de ceux qui sʼoccupent de la personne âgée. « On améliore la qualité de vie de la personne âgée et de ceux qui lʼentourent, tout en réduisant la consommation de soins. »
 
Et nous nʼen sommes quʼau début. Bien dʼautres initiatives sont en cours, qui ont des objectifs similaires. Dans le cadre du projet IronHand, par exemple, on est en train de concevoir et de mettre à lʼessai un gant robotisé permettant de compenser la perte de force de préhension chez les sujets âgés, qui peut être handicapante quand il faut lutter pour effectuer des gestes aussi banals quʼouvrir une bouteille ou préparer un repas. Hocoma, une des entreprises participant au projet, fait figure de pionnière dans le développement de technologies médicales innovantes pour favoriser la mobilité fonctionnelle. « Nos solutions aident les thérapeutes à faire face aux enjeux démographiques et économiques actuels en renforçant la thérapie et en en augmentant les effets », explique le responsable du Secteur création, Mike Fuhrmann. « Andago, par exemple, est utilisé pour aider les victimes dʼune chute ou dʼun AVC à retrouver confiance pour la marche. Le projet IronHand marque une avancée supplémentaire. »
 

Une déshumanisation des personnes âgées ?

Photo: Hocoma, Switzerland
An elderly man is doing exercise with the help of a care taker
Quelle sera la réaction des personnes âgées face à la multiplication du nombre de dispositifs ? Sommes-nous en train de les aliéner ? M. Gelin ne le pense pas. « Au contraire, dans les maisons de retraite, le robot devient un centre dʼattention qui suscite les conversations et rapproche les gens. Ces machines renforcent les liens sociaux, notamment en permettant aux grands-parents de maintenir un contact plus étroit avec leurs petits-enfants. En fin de compte, nous parlons de dispositifs dʼassistance compensant les handicaps, que les utilisateurs trouvent souvent moins stigmatisants quʼune canne ou un fauteuil roulant, par exemple. » Lʼexpert en robotique ne nie pas que la compagnie dʼune infirmière en chair et en os ou dʼun membre de la famille soit préférable, mais il sait bien quʼavec le rythme de vie effréné que nous menons aujourdʼhui, cela nʼest pas toujours possible. « Il vaut mieux avoir un robot que dʼêtre seul et cela est beaucoup plus sûr. »
 
Cʼest là un point important car la robotique sʼintéresse aussi aux robots de compagnie. Hasbro a mis au point des chats robotisés spécifiquement destinés à tenir compagnie aux personnes âgées et combler le vide quʼelles ressentent. De même, Pepper, un autre robot de forme humanoïde conçu par SoftBank Robotics peut reconnaître des émotions et y répondre. Ludique et accessible, il est déjà utilisé dans des dizaines de maisons de retraite en Europe pour informer et divertir les résidents.
 
La robotique permet aussi de combler les déséquilibres liés à la diminution de la main-dʼœuvre. Lʼaéroport Haneda de Tokyo travaille avec lʼentreprise de robotique et de technologie japonaise Cyberdyne en vue dʼéquiper son personnel dʼexosquelettes offrant un soutien lombaire aux personnes dʼun certain âge afin quʼelles puissent effectuer les tâches pénibles habituellement réservées à des personnes dans la force de lʼâge, comme soulever des bagages.
 

Le moteur de la « Silver économie »

Comme le montrent toutes ces avancées, la technologie devrait devenir un important moteur de la Silver économie, le marché naissant des biens et services destinés aux seniors. Mais avant dʼen arriver là, il nous faut établir de bonnes normes. « De tous les obstacles à lʼintégration de la robotique au service des personnes âgées, lʼun des plus notables est lʼabsence de normes et de réglementations détaillées pour commercialiser ces produits et les rendre accessibles à la société », relève M. Dias. « Nous devons aborder les questions de sûreté, de sécurité, de normes et dʼhomologation si nous voulons introduire dans le domaine des soins de santé des robots autonomes ayant un rôle social. Les Normes internationales ont un rôle essentiel à jouer. »
 
Jusquʼà récemment, les robots étaient principalement utilisés pour des applications industrielles et nʼétaient pas en contact avec les travailleurs. « Nous nʼétions pas prêts pour une interaction physique homme-robot », explique le Professeur Gurvinder Singh Virk, Animateur du groupe de travail de lʼISO qui a élaboré la première norme relative aux robots de soins personnels. « Alors que la recherche se penchait sur une nouvelle génération de robots capables dʼaider les personnes dans leur quotidien, nous devions nous assurer que nous pourrions maîtriser et atténuer les risques liés aux interactions étroites avec les humains. » Bon nombre de nouveaux robots de service nʼétaient ni des dispositifs industriels ni des dispositifs médicaux et, par conséquent, ils nʼétaient pas couverts par les normes existantes, notamment en ce qui concerne la sûreté. Pour les investisseurs, cette situation était source dʼincertitude. Quʼadviendrait-il si, après avoir misé des millions de dollars, il sʼavérait que des produits étaient dangereux ou susceptibles de causer des accidents donnant lieu à des litiges à lʼencontre des fabricants ?
 
LʼISO est intervenue aux côtés de groupes dʼexperts universitaires, dʼentreprises spécialisées dans la conception de robots, dʼorganismes gouvernementaux et dʼautres parties prenantes pour mettre au point la norme ISO 13482, première norme relative aux exigences de sécurité pour les robots de soins personnels. Cette norme aide à faire face aux risques en limitant par exemple les mouvements et la force du robot, en évitant les arêtes vives et les émissions dangereuses, etc. Rien dʼétonnant à ce que le Japon ait été lʼun des premiers à adopter cette norme, mais elle est en train de décoller à lʼéchelle mondiale.
 
« Il est difficile dʼévaluer si un nouveau produit est « bon » ou « mauvais » », explique M. Gelin. « En indiquant un niveau de performance, les Normes internationales nous aident à comparer par rapport à une référence. Les normes de sécurité ont une importance cruciale. Lʼutilisateur doit pouvoir faire confiance au robot quʼil a chez lui et le fait de savoir que ce robot est conforme aux normes est rassurant. »
 
Avant la publication de la norme ISO 13482, SoftBank Robotics se référait uniquement à la norme IEC 60950 relative aux matériels de traitement de lʼinformation car, dans un sens, les systèmes robotiques de lʼentreprise fonctionnaient comme un ordinateur. « Maintenant que la norme ISO 13482 relative aux exigences de sécurité pour les robots de soins personnels est disponible, nous envisageons de lʼappliquer » ajoute M. Gelin. « Sur certains points, elle est très exigeante, mais nous espérons lʼutiliser car des normes spécifiques comme celle-ci faciliteront les choses dans notre secteur. »
 
Mike Fuhrmann acquiesce : « Hocoma a fait œuvre de précurseur en intégrant une technologie innovante dans le domaine médical et nous sommes fiers de participer aux travaux de normalisation de lʼISO. Nous utilisons activement des normes telles quʼISO 13485 (qualité des dispositifs médicaux), ISO 14971 (application de la gestion des risques aux dispositifs médicaux) et la série IEC 60601 (sécurité de base et performances essentielles des appareils électromédicaux). Nous avons pour priorité de veiller à ce que nos solutions puissent être utilisées en toute sécurité par des personnes seules à la maison, quelles que soient les contraintes liées au handicap ou à lʼâge. »
 

Un élément qui change la donne

Photo: Hocoma, Switzerland 
Andago est un robot mobile doté dʼun système de suspension du poids du corps pour lʼentraînement à la marche qui permet de
marcher les mains libres dans un environnement ouvert.

La norme ISO 13482 nʼest quʼune première étape. Récemment, lʼISO a regroupé tous ses travaux dans le domaine de la robotique au sein dʼun comité spécialisé afin de pouvoir mieux répondre aux besoins croissants dʼun secteur en forte progression. La technologie évolue et il en ira de même des normes qui réglementent ce secteur.

Le Professeur Virk envisage lʼavenir avec enthousiasme : « Ce que nous faisons à lʼISO peut stimuler le développement dʼun marché de masse dans la robotique. Lʼun des plus gros problèmes aujourdʼhui reste le coût de fabrication élevé. Les normes pourraient changer cela. Nous nous efforçons actuellement de faciliter la mise au point de composants robotiques prêts à lʼemploi en élaborant des normes relatives à la modularité destinées aux robots de service pour améliorer la compétitivité et lʼaccessibilité du secteur. Cela pourrait changer la donne. »

Nous nʼen sommes quʼau début de lʼaventure de la robotique. Pour certains, lʼélaboration de normes indiquera la direction à suivre, ou non, pour aller de lʼavant. Mais cʼest à nous tous de croire au potentiel quʼoffre la robotique et de décider quel rôle nous voulons quʼelle joue dans notre vie. 

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Cet article est tiré de l' ISOfocus

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Vieillir et rester actif
Contrairement aux idées reçues, les personnes âgées créent un nouveau marché de niche et alimentent la croissance et l’innovation.

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Elizabeth Gasiorowski-Denis
Rédactrice en chef d'ISOfocus

+41 22 749 03 25

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