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La norme ISO 14001 est aujourd'hui une référence largement reconnue, utilisée dans le monde entier par des milliers d'organisations désireuses de faire savoir au public et à leurs parties prenantes qu'elles prennent leurs responsabilités vis-à-vis de l'environnement. Deux chercheurs américains expliquent comment les normes aident à réduire l'impact environnemental des entreprises, et pourquoi plus de 25 000 organisations dans le monde ont rejoint le club ISO 14001 !

L’ISO 14001 qui, depuis sa première édition en 1996, a donné lieu à plus de 250 000 certifications dans près de 160 pays, est sans aucun doute le système de management environnemental (SME) le plus largement adopté au monde. Pourquoi les entreprises veulent-elles la certification ISO 14001 ? Quelle est l'efficacité de la norme sur la pollution qu'elles génèrent et sur leurs autres activités en matière d'environnement ? Pour répondre à ces questions largement controversées, il nous a semblé utile d'effectuer une étude empirique à cet égard. Ce travail de longue haleine – mené sur plus de 15 ans et dans 159 pays – a abouti à d'intéressantes conclusions.

Voici les résultats : la certification ISO 14001 va de pair avec des réductions de la pollution dans certains cas, mais pas systématiquement. Aussi curieux que cela puisse paraître, dans les pays où le nombre de certifications ISO 14001 est le plus élevé, la pollution de l'air est moins importante que la pollution de l'eau. En outre, l'effet d'ISO 14001 en termes de réduction de la pollution de l'air ne s'observe que dans les pays où l'État n'exerce pas de politique environnementale rigoureuse. Ces résultats ont de quoi surprendre, mais quelle en est l'explication ?

Réservé aux membres

Dans le cas d'ISO 14001, le coût de l'adhésion correspond à la mise en place d'un SME robuste et vérifiable.

Nous posons, dans notre étude, le principe que les systèmes de certification comme ISO 14001 fonctionnent comme un club – disons un club de golf. Seuls les membres qui paient la cotisation bénéficient des services. Ils peuvent venir nombreux, à toute heure, utiliser les infrastructures, faire un parcours ou piquer une tête dans la piscine. Le principe de fonctionnement des systèmes de certification est analogue. Le « service » essentiel qu'ils offrent à leurs membres est d'attester, de manière plus crédible, les déclarations concernant les pratiques de management environnemental qu'ils ont mises en œuvre. Mais seuls les membres du club peuvent se prévaloir de l'attestation. Dans le cas d'ISO 14001, le coût de l'adhésion au club correspondrait à la mise en place d'un SME robuste et vérifiable.

Mais pourquoi une entreprise aurait-elle besoin de rejoindre ce type de club pour faire valoir sa démarche environnementale ? Après tout, rien ne l'empêche de faire ses propres déclarations. Il y a deux raisons à cela. Premièrement, faire partie du club est un signe distinctif fort, en particulier lorsque le club jouit d'une bonne réputation : ISO 14001, un nom qui renvoie à l'organisation ISO, a une grande notoriété. Soulignons également que plus le club a de membres, plus il est connu et plus il permet à ses membres de se distinguer. Deuxièmement, du fait que les « règles » du club sont établies par un autre ensemble d'acteurs (les parrains du club), les déclarations environnementales relatives aux activités des membres sont plus crédibles que s'il s'agissait d'auto-déclarations. D'ailleurs, à dire vrai, une entreprise peut très bien se fixer un jour des règles strictes pour maîtriser l'impact de ses activités sur l'environnement et les abandonner le lendemain. ISO 14001 présente, il va sans dire, l'avantage d'être « parrainée » par une organisation très crédible, ce qui n'est pas le cas de tous les « clubs ».

On attend des membres du club ISO 14001 qu'ils déploient dans leurs activités (ou leurs infrastructures) une politique environnementale allant au-delà des exigences légales en vigueur dans leur pays et que, par conséquent, leur performance environnementale soit plus près de l'intérêt public. Pour les parties prenantes externes, qui ne sont pas en mesure de constater et d'évaluer pleinement les politiques environnementales des entreprises, la certification ISO 14001 peut être vue comme une preuve d'engagement supérieur en faveur de l'environnement, aussi leur attitude envers les « membres du club » ISO 14001 sera plus favorable. L'objectif des clubs de certification est de créer un cercle d'échange vertueux où la responsabilité environnementale des entreprises est un gage d'appréciation des parties prenantes.

Tenir ses promesses

Face au succès d'ISO 14001, il est tout naturel de se demander si la norme tient ses promesses d'amélioration des pratiques environnementales. Pour avoir étudié la question pendant plusieurs années, la réponse est oui, « parfois », et nous en avons identifié les paramètres déterminants.

Deux facteurs méritent attention : la rigueur des règlements mis en place par les gouvernements en matière d'environnement et l'existence manifeste de pollutions générées par les entreprises. Les règle-ments exigeants forcent les entreprises à améliorer leurs pratiques environnementales. Les consé-quences sont doubles. Premièrement, pour remplir les exigences ISO 14001, les entreprises doivent alors faire mieux que les exigences légales, ce qui représente des coûts. Deuxièmement, les avan-tages de la certification ISO 14001 seront moindres, compte tenu du niveau moyen, déjà relativement élevé, des pratiques environnementales. Comparativement, la mise en oeuvre d'un SME exigera alors moins d'efforts supplémentaires à l'entreprise. Ainsi, contrairement à ce que l'on pourrait penser, les effets d'ISO 14001 seront probablement plus prononcés quand le certificat est obtenu dans un pays sans législation environnementale rigoureuse.

Les parties prenantes attendent des entreprises qu'elles prennent une série d'initiatives en matière de responsabilité sociale (RSE), notamment en termes de démarche environnementale, condi-tions d'emploi, etc. Comme leurs ressources sont limitées, les entreprises ne peuvent oeuvrer sur tous les terrains. Elles doivent donc établir des priorités et privilégier les domaines d'action RSE où leurs efforts seront les plus payants. Dans le contexte d'ISO 14001, elles devront définir les pollutions à traiter en priorité.

Les parties prenantes surveillent en général plus attentivement les pollutions visibles. Les entreprises certifiées ISO 14001 vont donc s'employer à réduire les pollutions visibles plutôt que les autres. Si la pollution de l'air se voit plus que la pollution de l'eau, elles auront tendance à y consacrer davantage d'efforts. Notre étude montre que l'effet de l'adoption d'ISO 14001, à l'échelon national, est plus marqué sur la pollution de l'air. Et, plus important encore, le phénomène ne s'observe que dans les pays moins soumis aux réglementations environnementales.

Effets directs et indirects

Nous avons choisi de mener notre étude à l'échelon national de manière à établir l'influence d'ISO 14001 sur la pollution d'un pays. À cette échelle, nous pouvons juger des effets directs d'ISO 14001 sur les entreprises certifiées, mais aussi des répercussions pour les autres entreprises.

D'après nos recherches, deux mécanismes entrent en jeu. Les entreprises certifiées ISO encourageront leurs fournisseurs à adopter la démarche SME – c'est le cas notamment des multinationales, qui demandent souvent à leurs filiales à l'étranger de promouvoir des SME sur leur chaîne d'approvisionnement. Sans aller jusqu'à rechercher la certification, peut-être pour des questions de coûts, les entreprises voisines des entreprises certifiées voudront probablement s'inspirer des pratiques de SME. Cela est particulièrement vrai pour les PME, qui n'ont pas de quoi assumer le coût que représente un SME certifié. Toute tentative de calcul de l'effet d'ISO 14001 sur la réduction de la pollution doit prendre en compte les efforts déployés tant par les entreprises certifiées que par les autres. L'étude à l'échelle du pays permet une analyse complète des effets possibles d'ISO 14001.

Pressions et autres pollutions

Lisez ici l'article original :
http://faculty.washington.edu
/aseem/cps.pdf

En somme, les effets, en termes de réduction de la pollution d'ISO 14001, varient en fonction du degré de visibilité des pollutions et de la rigueur des règlements environnementaux. Concrètement, cela a deux conséquences. Premièrement, l'efficacité des clubs de certification dépend des exigences légales auxquelles les entreprises doivent se plier. Il s'avère qu'ISO 14001 agit plus nettement sur la pollution quand les règlements sont laxistes. Dans ce cas, le club de certification a le même effet qu'un règlement. Deuxièmement, la démarche de management environnemental a un coût d'opportunité au détriment d'autres domaines d’action. Les entreprises doivent donc raisonner en termes stratégiques pour rentabiliser au mieux leurs efforts. Après tout, elles adhèrent au club de certification pour l'avantage qu'elles y gagnent sur leur image de marque. Le fait que la pollution soit visible est un facteur important. Les responsables comme les chercheurs devraient évaluer dans quelle mesure ces pressions extérieures ont une incidence systématique sur les décisions environnementales des entreprises.

Conclusions : ISO 14001 n'est pas une recette miracle avec des résultats à coup sûr sur les performances environnementales des entreprises. Différentes variables – organisationnelles, gouvernementales et financières – entrent aussi en jeu. C'est en revanche une bonne carte à détenir pour faire valoir un engagement concret en faveur du développement durable. Alors, qu'attendez-vous pour rejoindre le club ?


Auteurs:
  • Aseem Prakash, Professeur de Sciences politiques et Directeur du Centre de Politiques environnementales, Université de Washington (UW)
  • Matthew Potoski, Professeur de Management environnemental en entreprise, Bren School of Environmental Science and Management, Université de Californie, Santa Barbara (UCSB)

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